Parler de son projet demande parfois de réexpliquer toute son activité avant d’arriver à ce qui nous préoccupe. Certains jours, on voudrait simplement réfléchir à une décision avec quelqu’un qui connaît déjà le contexte.

Vos proches peuvent tenir à vous sans vraiment suivre votre travail. Votre premier client payant peut être un immense soulagement pour vous et leur sembler un tout petit paiement. Si la conversation revient toujours à la question du « vrai travail », vous finirez peut-être par ne plus en parler.

Une bonne partie de votre journée reste alors pour vous. Vous aimeriez que quelqu’un demande comment le lancement s’est passé, ou vous aide à débloquer un problème sans devoir reprendre toute l’histoire.

On peut être occupé et se sentir seul

L’Organisation mondiale de la santé distingue l’isolement social de la solitude. L’isolement correspond à un manque de liens sociaux. La solitude est l’écart douloureux entre les relations que l’on a et celles que l’on souhaiterait avoir. [1]

Cette différence compte lorsqu’on travaille à son compte. Vous pouvez passer la journée à répondre à vos clients et à discuter en ligne, puis terminer avec l’impression de n’avoir parlé à personne de ce que vous vivez.

Publier vos avancées peut vous aider à rencontrer du monde. Mais une conversation privée a aussi sa place : vous pouvez dire que vous êtes bloqué avant même d’avoir trouvé la leçon à en tirer.

Ce que les enquêtes ont trouvé

Dans une enquête publiée par Founder Reports, 26,9 % des 227 entrepreneurs et dirigeants interrogés dans 46 pays ont cité la solitude ou l’isolement parmi leurs difficultés. Le rapport de Marc Shorb indique également que 25,6 % disaient manquer de soutien pour parler ouvertement de leurs difficultés de santé mentale. [2]

Ces chiffres décrivent les personnes qui ont répondu. Le rapport ne démontre pas qu’elles représentent l’ensemble des indie hackers, et la question regroupait solitude et isolement.

26,9 %

ont déclaré ressentir solitude ou isolement
Founder Reports · 227 répondants · 46 pays [2]

Le travail peut aussi prendre la place du temps passé avec les autres. Dans son rapport de 2019, Going it Alone, l’Association canadienne pour la santé mentale a interrogé 476 entrepreneurs et mené 20 entretiens. 66 % déclaraient avoir du mal à préserver l’équilibre entre travail et vie personnelle à cause du stress entrepreneurial. [3]

Ces participants dirigeaient leur entreprise depuis au moins un an et avaient au moins un autre salarié. Le recrutement reposait sur un échantillon non probabiliste. Cette enquête ne donne donc pas non plus un taux de solitude pour les créateurs de logiciels qui travaillent seuls.

Les deux rapports décrivent des fondateurs qui peinent à trouver du soutien ou à faire une place à leurs relations. Les pourcentages répondent toutefois à des questions différentes : les additionner ne nous apprendrait pas grand-chose.

L’isolement peut entamer la motivation

La solitude apparaît aussi dans les recherches sur l’épuisement professionnel. Claude Fernet, Olivier Torrès, Stéphanie Austin et Josée St-Pierre ont suivi 377 propriétaires-dirigeants français de PME en quatre vagues sur huit mois. Leur article de 2016 montre que la solitude au travail contribue à expliquer l’association entre stress de gestion et épuisement. La force de cette association variait selon l’orientation des dirigeants vers l’innovation et une approche proactive du risque. [4]

Ces entreprises comptaient de 3 à 250 salariés. Les dirigeants pouvaient donc être entourés au travail et se sentir seuls dans leur rôle. L’étude est observationnelle : elle ne prouve pas que la solitude cause l’épuisement.

Pour un article de 2023, Fei Zhu, Wei Yu, Shea X. Fan et Jason Gabriel Jonathan ont étudié des entrepreneurs au Royaume-Uni et en Indonésie. Dans les deux enquêtes, une solitude plus forte était associée à une passion entrepreneuriale plus faible et à une intention plus marquée de quitter l’entreprise. Les chercheurs ont mesuré cette intention, sans vérifier ensuite si les entreprises avaient fermé. [5]

Quand l’envie de travailler sur son projet diminue, on cherche facilement ce qu’il faudrait changer dans le produit. Cela vaut aussi la peine de regarder comment se passent vos journées. À qui pouvez-vous parler quand le travail va mal ? Depuis combien de temps ne l’avez-vous pas fait ?

Prévoir du temps avec d’autres fondateurs

Avant de créer Indie Hackers, Courtland Allen a réfléchi à l’effet de son entreprise sur sa vie sociale. Dans Questions to Ask Before Starting a Business, il expliquait chercher une activité :

« facile à expliquer à mes amis et à ma famille, parce que je me sentirais seul si je ne pouvais pas en parler »

Il raconte avoir choisi un travail qui le mettrait en contact avec d’autres personnes. C’est un témoignage personnel ; il ne démontre pas que cette approche convient à tout le monde. [7]

Les relations entre pairs et le mentorat figurent aussi dans la revue de 163 articles de Maren C. Umdasch et Elisabeth S. C. Berger, publiée en ligne en 2025. Les autrices constatent que les données empiriques sur l’efficacité des interventions restent limitées. [6]

Un appel court ou une après-midi à travailler à côté de quelqu’un permet d’essayer simplement. Voyez si vous avez envie de recommencer.

Bloquer un appel dans l’agenda

Proposez à un fondateur avec qui vous aimez parler un appel chaque semaine. Vingt minutes peuvent suffire pour commencer. Prenez des nouvelles de vos projets respectifs, puis gardez du temps pour le problème que vous repoussez.

Maintenez le rendez-vous même sans résultat impressionnant à raconter. Sinon, les semaines où vous avez le plus besoin d’échanger risquent d’être celles où vous annulez.

Proposer quelque chose de précis

« On devrait échanger un de ces jours » laisse l’organisation aux deux personnes. Essayez une demande simple : « Tu regarderais ma page de tarifs avec moi pendant quinze minutes ? » Ou proposez un créneau : « Ça te dit de travailler ensemble vendredi matin ? »

Prenez aussi des nouvelles de son travail. Si la personne allait lancer son produit, demandez comment cela s’est passé. Vous aurez davantage à vous raconter la fois suivante.

Travailler à côté de quelqu’un

Vous n’avez pas besoin de parler pendant toute la séance. Retrouvez-vous à la bibliothèque ou partagez un bureau pour une après-midi. Chacun avance sur son travail, puis vous faites une pause ensemble.

Parler de ce qui n’est pas terminé

Un appel devient fatigant si vous devez y arriver avec une réussite à raconter. Apportez la décision de tarif encore en suspens ou le message commercial auquel vous ne savez pas répondre. Laissez à l’autre personne la même liberté.

Garder une vie en dehors du projet

Un groupe de fondateurs peut facilement devenir un endroit de plus où l’on parle travail. Continuez aussi à voir les personnes que vous connaissez par d’autres aspects de votre vie. Vous devriez avoir un lieu où personne ne vous demande vos revenus.

Fixez un rendez-vous régulier si cela vous aide à vous y tenir. Un dîner un jeudi sur deux est plus simple à maintenir que de répéter que vous vous verrez après le lancement.

Si la solitude persiste ou commence à affecter votre sommeil ou votre capacité à travailler, envisagez d’en parler à un professionnel de santé mentale qualifié. Un groupe de pairs apporte de la compagnie et des expériences communes ; un suivi professionnel apporte un autre type de soutien.

Trouver quelqu’un avec qui parler du travail

Vous n’avez pas besoin de réunir toute une communauté avant de contacter quelqu’un. Proposez à une personne que vous aimeriez revoir de prendre des nouvelles la semaine prochaine. Si l’échange vous plaît, gardez ce rendez-vous.

Nous avons créé 4builders pour faciliter cette première rencontre. Le service vous met en relation avec trois autres créateurs indépendants dans un cercle Telegram privé, où vous pouvez parler de votre travail et vous demander des retours.

La mise en relation n’est que le début. Si quelqu’un vous parle d’une semaine difficile, demandez-lui comment il va la fois suivante.

Sources et notes de recherche

Sources vérifiées le 7 octobre 2026. Les réponses aux enquêtes décrivent leurs échantillons. Les conseils de cet article sont notre interprétation pratique ; les études n’évaluent pas 4builders. Les titres des sources sont conservés dans leur langue de publication.

  1. World Health OrganizationSocial connection linked to improved health and reduced risk of early death 30 June 2025

    Communiqué officiel accompagnant le rapport de la Commission de l’OMS sur le lien social. Sert à distinguer la solitude ressentie de l’isolement social ; l’estimation mondiale ne décrit pas les indie hackers.

  2. Marc Shorb, Founder Reports17 Mental Health Statistics for Entrepreneurs Page updated 16 July 2026

    227 entrepreneurs et dirigeants dans 46 pays. Plusieurs réponses étaient possibles. La page ne démontre pas que l’échantillon est représentatif et n’isole pas les indie hackers. La date de mise à jour n’est pas une date de collecte vérifiée.

  3. Canadian Mental Health Association, supported by BDCGoing it Alone: The mental health and well-being of Canada’s entrepreneurs 2019

    476 répondants et 20 entretiens au Canada. Les participants dirigeaient une entreprise depuis au moins un an et avaient au moins un autre salarié. Échantillon non probabiliste. Équilibre de vie : résumé, p. 4. Méthode : p. 16. Limites : p. 59.

  4. Claude Fernet, Olivier Torrès, Stéphanie Austin and Josée St-PierreThe psychological costs of owning and managing an SME: Linking job stressors, occupational loneliness, entrepreneurial orientation, and burnout 2016 · Burnout Research, 3(2), 45–53

    377 propriétaires-dirigeants français d’entreprises de 3 à 250 salariés, suivis en quatre vagues sur huit mois. Étude observationnelle ; l’association indirecte varie selon l’orientation entrepreneuriale. Version ouverte de l’établissement des auteurs : https://depot-e.uqtr.ca/id/eprint/9801/.

  5. Fei Zhu, Wei Yu, Shea X. Fan and Jason Gabriel JonathanShould I stay or should I go? The impact of entrepreneurs’ loneliness on business exit intentions through entrepreneurial passion 2023 · Journal of Business Venturing Insights, 19, e00368

    Une enquête en plusieurs temps auprès d’entrepreneurs britanniques et une seconde auprès d’entrepreneurs indonésiens. Associations avec la passion et l’intention de quitter l’entreprise, sans observation des fermetures ni preuve expérimentale de causalité.

  6. Maren C. Umdasch and Elisabeth S. C. BergerUnderstanding entrepreneurs’ loneliness: An integrative review of loneliness in management research Published online 19 September 2025 · Journal of Small Business Management

    Revue de 163 articles sur l’entrepreneuriat, le leadership et le travail. Les autrices soulignent le manque de données empiriques sur l’efficacité des interventions. Volume de revue daté de 2026 ; publication en ligne en 2025.

  7. Courtland Allen, co-founder of Indie HackersQuestions to Ask Before Starting a Business Personal essay

    Témoignage personnel, pas une étude. Le passage cité vient des critères qu’Allen souhaitait pour son entreprise. La citation dans cet article est traduite de l’anglais.